C'est reparti pour la saison 3

Mon dernier billet remonte à la traversée du Golfe de Gascogne l'an dernier !? Il s'en est passé des choses depuis... J'imagine que si je n'ai pas trouvé le besoin de m'épancher sur ce blog, c'est que j'ai cessé d'avoir des états d'âme. Une saison plus tard mes interrogations se sont enfin envolées : OUI je suis heureuse dans cette vie là et je ne regrette pas mes choix ! Bien sûr il me reste toujours un peu d'appréhension au moment de prendre la mer pour un long périple. Maintenant la question n'est plus "est-ce qu'on va arriver sans problème ?" mais plutôt "quel problème va-t-on avoir cette fois-ci ?". La différence est que je sais à présent que Thierry gère très bien les problèmes et que je stresse mais que c'est notre vie... Je lui fais confiance pour m'amener à bon port et c'est l'essentiel. Toutefois, nous n'avons pas encore essuyé de gros temps, maximum 35 noeuds (ce qui est déjà pas mal d'ailleurs)... Voilà, à quelques jours d'un nouveau départ, je reste un peu anxieuse mais je me sens tout de même assez sereine. Nous embarquons un équipier avec nous et ça me rassure beaucoup.

Thierry gère mieux le bateau même s'il a encore beaucoup à apprendre pour régler les voiles, une goélette ne se manoeuvrant pa du tout comme un sloop. La première année nous naviguions essentiellement avec la GV avant, la seconde c'était le tour de la GC arrière... peut-être que cette année nous allons enfin donner toute sa mesure à notre goélette et utiliser toutes ses voiles. Je vais être cette fois officiellement dispensée de manoeuvres de montée et descente de voiles : mon épaule gauche me fait souffrir depuis des mois et le verdict est tombé cet été : calcification du tendon ajoutée à une pointe d'arthrose. La veillesse qui commence incidieusement... Deux mois de kiné ont arrangé les choses mais les amplitudes sont perdues et certains mouvements restent douloureux. Il va falloir apprendre à ménager cette foutue épaule. Notre équipier pourra aider Thierry dans les manoeuvres. 

Pour moi, la vie en haute mer est un intermède hors de l'espace temps : très vite je perds mes repères et la vie s'articule autour des quarts, le reste du temps étant occupé à dormir ou du moins me reposer. J'appréhende toujours la nuit qui m'angoisse mais ce sont aussi malgré tout des moments magiques avec le ciel étoilé et souvent les traces lumineuses autour de l'étrave provoquées par le plancton phosphorescent : cela fait un peu comme des cierges magiques... Comme je prends le quart de fin de nuit, j'apprécie particulièrement les levers de soleil. La nuit s'estompe peu à peu et des lueurs roses orangées éclairent le ciel à l'est. Petit à petit le jour revient et soudain c'est une explosion de lumière. Une autre journée commence à se laisser rêvasser en regardant les vagues, les nuages, les rares oiseaux de mer. Les bateaux se font rares voire inexistants durant plusieurs jours. Nous sommes seuls sur cette immensité, un petit point sur la carte. Les heures passent, à la fois toujours pareilles et jamais identiques. Et puis bien sûr il y a aussi ces moments magiques où des dauphins viennent nager autour du bateau. Ils passent sous la proue, sautent et repassent sans cesse. ils nous regardent de leur oeil rond : lequel observe le plus l'autre ? Ils ont toujours l'air de sourrire... 

Hormis ces grandes traversées encore un peu anxiogènes pour moi, la vie de marin est vraiment un grand bonheur. J'aime vraiment beaucoup VIVRE sur le bateau avec Thierry qui est un capitaine et un compagnon formidable. L'hiver dernier nous avons pu vivre à notre rythme au gré des vents et des rencontres. La vie dans les marinas a été très riche de belles rencontres très diverses. La palme revient à cette bande de jeunes rencontrés à La Gomera avec qui nous avons vécu des moments formidables (Voir "On est une bande jeunes..."). Notre soirée crêpes en musique sur le ponton de Tazacorte restera aussi un souvenir indélébile. Thierry étant très sociable et parlant à tout le monde sans inhibition, nous faisons très vite des connaissances partout où nous allons. Je commence même à me dérider un peu et je parviens moi aussi à aller bavarder avec les gens... J'apprécie beaucoup nos soirées passées autour d'un verre ou d'un plat de pâtes à parler de nos voyages. Je rencontre des femmes qui comme moi ont eu beaucoup d'interrogations avant le départ et sont encore fragiles dans ce milieu. Parler avec elles de nos angoisses mais aussi de nos plaisirs me fait du bien.

La vie aux Canaries nous a aussi permis de faire quelques belles randonnées dans la montagne. Là aussi il m'a fallu prendre sur moi pour affronter mon vertige et ma fatigue, mais quelle belle récompense ! J'aime profiter de ces paysages magnifiques dans une nature sauvage, que ce soit en bord de mer ou sur terre. Notre vie en bateau nous permet de vivre au grand air et je me demande comment j'ai pu passer autant d'années enfermée derrière un ordinateur ! Je me sens BIEN sur le bateau. 

Nous avons pu nous aventurer davantage au mouillage et ce sont des journées paisibles, loin de tout, à savourer le temps qui passe, le soleil... et la baignade. J'ai passé de longues heures avec mon masque à observer les poissons : je ne me lasse pas de ce spectacle !

Bref, j'aime cette vie simple au grand air, surtout riche de nos rencontres et de notre liberté.

Cet été j'ai vendu mon appartement à Rennes : me voilà totalement nomade sans plus d'attache à terre. Nous avons aménagé notre camping car pour y vivre lorsque nous reviendrons en France. J'espère que nous pourrons aller visiter d'autres pays par la route !  Pas de regrets : j'aime cette vie et ne reviendrais en arrière pour rien au monde. Je me sens à ma place dans ce monde marin. Toutefois je reste encore ébahie par l'audace et la tenacité dont j'ai réussi à faire preuve pour larguer les amarres et vivre enfin cette vie là ! Au fond de moi, je ne me sentais pas vraiment capable de cela.... et j'ai réussi !

mes impressions