Grands travaux à Carriacou

C'est parti pour de grands travaux à Carriacou !

Nous arrivons au chantier de Carriacou le lundi 15 octobre 2018 au coucher du soleil. Nous retrouvons notre bateau en plein chantier ! L’équipe de Nicolas chargée de réparer la quille en notre absence termine de passer une couche de primaire à la lampe-torche; heureusement qu’ils ont eu six mois pour faire ces travaux... Nous montons à bord et trouvons le bateau en chantier car le menuisier n’a pas terminé. Malgré cela nous sommes vraiment satisfaits du travail : les finitions sont impeccables et le bois - du cèdre noir - est vraiment magnifique. Nous nous installons comme nous pouvons pour la nuit dans la poussière et le désordre et décidons de louer un studio le temps que le chantier s’achève. Notre première semaine au chantier est donc plutôt confortable puisque nous habitons une petite maison face à la plage (avec climatisation). Mais il nous faut réintégrer le bateau même s’il reste en chantier. Un bon coup de nettoyage dans la cuisine et notre cabine arrière rendent le bateau habitable. Mais il reste encore des finitions à finir et Kingsley notre menuisier se fait attendre...

Chantier 6

On décape toute la coque

La peinture faite en janvier 2017 à Fuerteventura a cloqué très vite et nous devons déjà repeindre le bateau. Nous décidons de remettre toute la coque à nu pour éliminer toutes les couches de peinture et d’antifouling. Cette étape de ponçage est la plus désagréable surtout par cette chaleur car il faut se protéger d’une combinaison et d’un masque. Nous rencontrons un jeune couple très sympathique ; Fabien cherche des petits boulots et nous lui proposons de poncer la coque (partie hors d’eau). Il mettra une bonne semaine pour en venir à bout. Pour la quille nous faisons appel à un gars du chantier qui aura lui aussi besoin d’une grande semaine de travail. Pendant ce temps là Thierry réarme le bateau et commence l'entretien.

La couche de primaire met en évidence les problèmes

La première étape après décapage consiste à passer deux couches de primaire. Côté tribord, pas de soucis. Côté bâbord ça se gâte : c’est le côté le plus abîmé par les chocs de notre annexe alu. Une fois la première couche appliquée Thierry s’aperçoit que la coque a été mal préparée à Fuerteventura et qu’il faut décaper également les retouches de mastic. Il reponce donc la partie arrière et passe plusieurs jours à reboucher les trous avec de la résine : reponcer , reboucher, reponcer , reboucher, etc, etc. Malgré ses efforts la coque ne sera pas totalement lisse car il faudrait tout reprendre au mastic et cela prendrait des semaines de travail ! Nous ne visons pas une coque « miroir » et voulons juste obtenir un résultat correct. Pour couronner le tout, Thierry découvre que de l’eau s’infiltre dans la coque sous un chandelier. Il doit donc d’abord réparer l’embase de ce chandelier. C’est parti pour un chantier résine sur le pont !

Malfaçon sur les travaux de la quille. Comme il me restait du primaire j’ai eu la bonne idée de repasser sur la couche de primaire faite sur le bas de la quille par l’équipe en charge des réparations. Le lendemain Thierry constate que tout se décolle au couteau ! Au final, après de dures négociations, les travaux doivent être refaits, ce qui prend une bonne dizaine de jours avec ces averses.

 

Malfacon sur la reparation

Enfin on peint !

Durant ces épisodes nous avons pu passer cinq couches de peinture sur la coque tribord. Pour la première nous commençons dans l’après-midi sous un cagnar infernal. Le temps de peindre quelques mètres, de gros nuages se forment et une pluie diluvienne vient interrompre le travail. Heureusement pas de dégâts et l’averse cesse avant que la peinture préparée n’ait séché dans le pot (c’est une peinture bi-composants avec du durcisseur), de sorte que Thierry peut poursuivre le travail. Bref, ici il nous faut jouer au chat et à la souris avec les averses : il n’y a quasiment aucune journée sans pluie.

Une fois la coque bâbord remise en état nous pouvons passer quelques (six au total !) couches de peinture... toujours en essayant de passer entre les gouttes... et toujours en ponçant entre deux couches...

 

Nous avons découvert une astuce intéressante : le vinaigre blanc permet de nettoyer la résine et la peinture. C'est moins cher que l'acétone et moins nocif pour la peau.

Répartition des tâches...

Et pendant ce temps là je lis et m’initie aux mots croisés... à part jouer les « petites mains » quand Thierry peint ou bricole, je ne sers pas à grand chose ! J'ai récupéré une vieille voile qui allait partir à la poubelle et j'y ai découpé de quoi faire des sacs à écoutes. J’ai toujours un peu mauvaise conscience de «  glander » pendant que Thierry bosse... Bien sûr je m’occupe des courses et des repas... et j’essaye tant bien que mal de maintenir le “bordel” à un niveau tolérable. Le chantier est fait de sable grossier et chaque averse le transforme en gadoue. Difficile de ne pas avoir plein de sable dans le bateau ! Thierry n’est pas le genre de personne à mettre des patins à chaque fois qu’il monte à bord... J’ai découpé un vieux drap pour protéger notre beau parquet; ce serait dommage de l’abîmer avant même la fin du chantier.

Heureusement je reprends du service pour peindre la quille : deux couches de primaire, une couche de liaison et deux couches d'antifouling : c'est à ma hauteur et je n'ai pas à me risquer sur les échafaudages. Je commence avec une combinaison de protection mais cinq minutes après j'ai déjà l'impression d'être dans un hamman ! J'abandonne la combinaison et poursuis en short avec un bob mouillé sur la tête. 

La vie au chantier

En cette fin de saison cyclonique le chantier grouille d’activité. Beaucoup sont descendus aux Grenadines pour éviter les risques de cyclone. Comme les chantiers de Martinique et Guadeloupe ont abusivement augmenté leurs tarifs, de nombreux français choisissent de caréner ici. Sur le chantier, 80% des bateaux sont français : pas vraiment dépaysant mais pratique pour les relations. Par contre nous déplorons l’attitude de certains qui rouspètent sans cesse. Ils voudraient avoir le niveau de service des grands chantiers français pour une bouchée de pain. Cette mentalité « colonialiste » nous horripile !
Sur le nouveau chantier de Carriacou c’est donc un va et vient permanent de bateaux qui entrent et sortent. La grue travaille du matin au soir. Les bateaux qui sortent sont d’abord passés au karcher puis calés les uns à côté des autres sur le terre plein. Le soir c’est la cohue aux deux douches provisoires car tout le monde finit sa journée plein de poussière et de sueur.
Le bruit du chantier rythme les journées : la grue qui fait un barouf d’enfer, le karcher et des ponceuses et meuleuses de tous côtés. À 18 heures le soleil se couche et les grenouilles et crapauds prennent le relai. C’est le bruit typique des nuits tropicales. Le chantier s’est établi sur une mangrove, au grand désespoir des écolos locaux. Notre bateau jouxte un espace préservé où nichent de nombreux oiseaux : hérons gris, aigrettes et plein d’espèces inconnues de nous. Un oiseau a construit son nid dans le filet sous notre panneau solaire et rouspète vigoureusement quand Thierry le détruit. Ça chante beaucoup dans les rares moments de silence.

Ah, j’allais oublier, il y a aussi plein de moustiques qui attaquent dès la tombée du jour. Thierry a testé un truc efficace indiqué par un pêcheur : diluer dans un vaporisateur par moitié de l’huile de citronnelle et du rhum et s’en asperger. Il a épuisé le stock de citronnelle à la pharmacie et ne se sépare plus de sa fiole. Quant à moi, j'ai la chance d'être totalement épargnée par ces sales petites bêbêtes.

La vie au chantier ressemble un peu à celle des nouveaux lotissements : chacun bosse sur son bateau et échange services, conseils et outillage avec les voisins. Thierry n’est jamais en reste pour donner un coup de main. Souvent cela se termine par le traditionnel apéro ti-punch. Au fil des bateaux venus caréner à nos côtés nous avons fait de sympathiques connaissances. Eux restent quelques jours et nous sommes toujours plantés là !
Heureusement notre annexe est à l’eau et chaque soir nous allons nous baigner sur de petites plages désertes à proximité de la baie. Thierry cherche en vain des langoustes. J’ai acheté un masque panoramique chez Décathlon que j’apprécie beaucoup, moi qui reste en surface : vue panoramique, confortable, pas de buée, pas d’entrée d’eau et respiration par le nez. Je recommande, ce n'est pas un gadget !

On répare et on améliore: travaux sur le pont

En décapant la coque nous constatons que l'eau s'infiltre par un chandelier et vient pourrir la coque. Il faut donc absolument consolider et étancheïfier ce chandelier sur bâbord.

Nous envisagions depuis quelques temps de remplacer les deux winchs du cockpit par des winchs self-tailing pour que je puisse "mouliner" toute seule. Laurent, un voisin, nous en propose deux pour 1000 euros (bonne affaire !). Ils sont beaucoup plus gros que les nôtres et Thierry doit refaire leur support : un gros chantier de résine supplémentaire, mais quel confort en perspective !

Nous avons bien sympathisé avec Romain qui est un gréeur reconnu. Nous décidons de lui confier le changement de l'étai du génois qui a bien "morflé" durant notre transat.

 

Du boulot aussi à l'intérieur

Nous avons eu la désagréable surprise de constater que la quille n'est pas étanche et qu'une voie d'eau dans la quille envahit l'intérieur du bateau. Pour y remédier Thierry restratifie le fond de la cale sous le moteur. Le travail n'est pas aisé à cet endroit ! Espérons que nous n'auront jamais l'occasion de savoir si l'étancheïté est maintenant garantie...

En mal d'activité je suppose, nous décidons de remplacer les plaques du plafond de la cuisine qui ont mal vieilli. C'est l'occasion de finaliser (enfin !) le circuit électrique de la cuisine. Dans la foulée on change quelques plaques ici et là. Nous avons trouvé ici des plaques d'une sorte de "formica" blanc qui remplace le "komasel" utilisé à l'origine. Je reprends donc du service car ce travail de découpe est maintenant ma grande spécialité !

 

Remise à l'eau après 2 mois de chantier !

Les semaines passent, le chantier se vide et nous sommes toujours là... Comme d'habitude les travaux prennent plus de temps que prévu. Enfin, le 18 décembre (2018), nous remettons le bateau à l'eau. Gros coup de stress car l'eau rentre dans le bateau par la bague hydrolube alors que Thierry avait réparé l'évent. Mais rien de grave : il suffit de resserrer un collier et tout rentre dans l'ordre ! Une fois sur l'eau nous remarquons que le sondeur ne fonctionne plus : pas idéal pour aller mouiller dans la baie encombrée de rochers; heureusement que les cartes sont exactes. Autre mauvaise surprise : l'arbre d'hélice fait un bruit inquiétant. Après recherches, il s'avère qu'un roulement à billes du pallier d'arbre d'hélice a rouillé : c'est dû à l'eau de mer qui est montée dans le bateau lors de notre accident à Mayreau. A priori rien de très grave et on devrait pouvoir naviguer cet hiver ainsi, mais nous avons craint de devoir ressortir le bateau pour réparer !

Nous voilà donc enfin sur l'eau mais maintenant il reste encore pas mal de choses à faire, le rangement et le grand nettoyage notamment. Au mouillage il fait plus frais, il n'y a plus de moustiques et la baignade est au bout de notre pont. Nous allons passer les fêtes à Tyrell Bay et nous reposer avant de partir vers le nord.

 

Liste exhaustive des travaux d'entretien

Pour conclure et surtout pour mémoriser les choses faites, voici la liste complète des travaux (de quoi nous occuper pendant deux mois !) : parquet sol et cale moteur (Kingsley), réparation des dégâts de la quille (Nicolas), changement de l'étai du génois et réglage des haubans (Romain), décapage (Fabien) et peinture coque, décapage quille (chantier) et antifouling, changement du moteur de guindeau (*), réparation de l'émetteur AIS (changement du duplexeur (*), étanchéïté de la quille sous la cale moteur, changement des winch du génois (modification du support), réfections dans la cuisine (changement du plafond, finalisation de l'électricité, changement du robinet (*), changement du tuyau de gaz et pose d'un coupe-circuit à l'intérieur), nettoyage du tank d'eau et réparation des fuites, réparation des infiltrations d'eau du chandelier bâbord, entretien moteur et cale (réparation et réinstallation des pompes de cale, changement de courroies, réinstallation du tuyau d'échappement, réparation de l'étouffoir, réparation du coupe circuit, modification de l'éclairage), élimination de l'écran TV du carré (trop fragile pour un bateau), réparation du caïbotis du cockpit, protection de l'annexe pour ne pas abîmer notre belle peinture, confection de sacs à écoutes.

(*)  rapporté de France

Autre astuce bien pratique et efficace : utiliser de la vaseline pour enduire circuits électriques, cosses... tout ce qui rouille ! L'avantage est que ça ne tâche pas.

C'est où ?

Fil conducteur

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Commentaires (3)

marie / robert
  • 1. marie / robert | 28 jan 2019
Thierry
ne mets que la citronnelle dans le vapo ,le rhum c’est pour le ti punch
amitiés
Goulebenèze
  • 2. Goulebenèze | 09 jan 2019
BRAVO !

Nous avons admiré à travers votre récit votre courageux retour à bord de Lambarena.
Nous avons une idée des difficultés rencontrées sur un chantier en plein air, sous le soleil et la pluie.....
Nous vous souhaitons une très belle croisière, une bonne santé, de belles plongées, en bref que du BONHEUR ......

Après un retour forcé en France début décembre alors que nous étions à La Graciosa, nous sommes à nouveau aux Canaries pour l'hiver.
Nous ne pourrons donc pas traverser cette année mais les projets ne manquent pas.

Amical souvenir et bonne continuation de l'équipage de Goulebeneze.
titicathyoun
Salut Goulebenez ! Merci de nous donner des nouvelles. Vous avez laissé le bateau aux Canaries pour votre retour en France ? Profitez bien des Canaries et on vous retrouvera l'hiver prochain aux Caraîbes. Bon vent à vous deux !

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Date de dernière mise à jour : 30 déc 2018