Traversée de Madère à la Galice

Départ de Porto Santo

Voilà, c’est parti ! Nous sommes le 13 avril 2016 et nous prenons la mer pour une bonne semaine en direction du nord de l’Espagne si tout va bien. Les prévisions météo nous annoncent une semaine de vents de sud et pas de gros temps. 

Le départ est agréable avec un grand soleil et un petit vent de Sud-Ouest : nous hissons toutes les voiles et Thierry tangone le génois.

TH tangonne le génois

Une fois passé l’abri de l’île, la houle se creuse  (1,50 à 2 mètres) et le vent forcit. Le cap est difficile à tenir, aussi nous affalons la Grand Voile.  Malgré cela nous faisons des pointes à 9 nœuds en surfant sur les vagues ! Dans l’après-midi le vent mollit à 10 nœuds et Thierry hisse la trinquette en « papillon » avec le génois, ce qui stabilise bien le bateau et donne plus de puissance.

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Dans l’après-midi le vent tombe et nous envoyons le spi. Deux heures après, tandis que notre attention est attirée par un banc de dauphins, le vent forcit d’un coup. Thierry veut rentrer le spi mais la « chaussette » se bloque… le spi se gonfle et balotte dangereusement et Thierry ne parvient que difficilement à l’affaler « à l’ancienne » qu’après ¾ d’heure d’efforts !

La vie à bord s'organise

Comme lors de notre traversée des Canaries à Madère, les quarts de nuit s’organisent : d’abord Nicolas, notre équipier pour ce retour en France, jusque minuit, puis Thierry jusque 5 heures et enfin moi pour la fin de nuit.

Nicolas s’intéresse de près à la pêche à la traîne et s’obstine à poser les lignes qui restent désespérément vides…

Nicolas en pêche

Un début de traversée agité

Dès le lendemain le vent forcit à 15-20 nœuds et la houle se creuse encore. Le ciel et la mer sont bien  gris ! Impossible de maintenir le cap en vent arrière, aussi nous louvoyons au grand largue, un coup vers l’est un coup vers l’ouest, selon que le vent ou les vagues s’inclinent de quelques degrés.  Ca secoue fort et le bateau est balloté de gauche à droite. J’ai tous les muscles endoloris à force de maintenir une position !

La pompe neuve installée dans la baille de mouillage rend l’âme au bout d’une heure et nous recommençons à embarquer beaucoup d’eau qui s’infiltre dans la cabine avant : Nicolas s’installe au sec dans le carré. De notre côté, le tank d’eau douce sous notre couchette fuit et notre matelas est bien mouillé.

Après une accalmie et un peu de soleil dans l’après-midi, la nuit est à nouveau difficile : des pointes de vent à 30 nœuds et de grosses vagues. Le pilote a du mal à gérer le cap et bipe fréquemment. Thierry garde son quart jusque 8 heures, le temps que le jour se lève et que le vent se calme enfin. Dans l’après-midi un rayon de soleil permet de mettre les coussins à sécher sur le pont…

Vers 20 heures, alors que Thierry et Nicolas manœuvrent les voiles pour changer d’amure, le vent souffle subitement en rafales à 30 nœuds et ils doivent se battre avec les voiles. Une déferlante s’abat sur le bateau tandis que Thierry est à l’avant. Comme souvent le coup de vent ne dure que le temps de la manoeuvre... le vent se calme et la nuit est tranquille. Au matin (en 3 jours) nous avons déjà fait la moitié du trajet.

Deux jours de pluie et de vent de face... et quelques soucis !

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Dès le lundi le ciel se couvre et la pluie fait son apparition.

Vers midi, mû par son infaillible sixième sens, Thierry ouvre les portes du moteur pour une vérification. Bien lui en prend car il découvre que la pompe du circuit de refroidissement est en panne et sans ce contrôle nous aurions grillé le moteur !  Il s’attèle donc au changement de la pompe (car, prudent, il a emporté des pièces de rechange, malgré les quolibets de ceux qui lui disaient qu’il lui faudrait emporter un deuxième bateau de rechange…) Une fois remontée, il décide de changer aussi la courroie de l’alternateur qui commence à couiner. Il découvre qu’il lui faut alors… démonter la pompe qu’il vient de changer… Mais ─ bravo capitaine ─ en moins de deux heures le moteur redémarre !

Comme nous naviguons avec le vent et les vagues de face, le bateau enfourne plus fréquemment dans les vagues et gite sur bâbord, de sorte que la baille de mouillage se remplit davantage et que la cuve d’eau douce laisse échapper plus d’eau. Un seul côté de notre lit restant praticable, nous faisons un roulement sur les deux couchettes disponibles, l’un de nous étant toujours de quart ! Ce sont les joies de la navigation hauturière…

En fin de journée nous commençons la traversée du rail de bateaux de commerces qui longe la côte portugaise. Thierry et moi louvoyons entre les cargos du rail descendant jusque 10 heures, puis c’est au tour de Nicolas de traverser le rail ascendant. A certains moments il y a jusque 30 bateaux sur l’écran du traceur, signalés par leur AIS (quelle belle invention !!!).

Le mardi est toujours aussi pluvieux, hormis une petite éclaircie qui me permet d’admirer de belles lumières au soleil levant. De grosses gouttes de pluie tombent sur l’écran du traceur et modifient l’emplacement du curseur : j’en déduits que ce doit être la raison des bips incessants… Mais non : Thierry découvre que l’écran de commande du pilote a pris l’eau et refuse maintenant de fonctionner. Après avoir séché la connectique et l’écran démonté au sèche-cheveux… le pilote repart, OUF !

Pour notre dernier jour en mer je sors le grand jeu : une boite de confit de canard ! Nous nous octroyons même un apéro « ti-punch ».

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Les couleurs de la mer

A quoi passer ses journées en mer ? A admirer les couleurs et la lumière, les vagues, le jeu de l’eau sur la coque, les nuages… Tout commence le matin par un beau lever de soleil (mon privilège car c’est moi qui suis de quart), puis des nuances de bleu ou de gris dans la journée, et enfin le coucher de soleil flamboyant. Ensuite, place au noir… avec des milliards d’étoiles dans le ciel ou des lucioles phosphorescentes dans l’écume des vagues le long de l’étrave.

Arrivée à Baiona au coucher de soleil

Le mardi 19 avril, au 7ème jour de mer, nous arrivons en vue des côtes. Dans l’après-midi le ciel se dégage et nous pouvons faire sécher nos draps.

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A moins d’une heure de notre arrivée dans la baie de Baiona, au sud de la Galice, nous appelons les enfants et, tandis que Thierry et moi bavardons, que Nicolas écrit dans son calepin, nous sommes surpris par une soudaine et brusque bourrasque de vent. Le bateau se couche, eau sur le plat-bord, et part au lofe. Panique à bord : personne n’est prêt à manœuvrer ! Thierry réagit rapidement, choque le génois et prend la barre pour redresser le cap. Ouf, plus de peur que de mal !

Un magnifique coucher de soleil nous accompagne pour notre arrivée dans la baie : les couleurs sont splendides.

L’arrivée à la marina est facile : deux pontons sont quasiment vides. Nous nous précipitons à la douche et partons dîner dans la vieille ville. Nous sommes très bien accueillis malgré l’heure tardive et nous y dégustons enfin une excellente paëlla (Tunel, 21 Ventura Misa).

Nous  faisons notre possible pour nous préparer une couchette à peu près sèche : quel bonheur de dormir au calme ! Demain nous devrons rincer et mettre à sécher sur le pont tous les coussins, les draps, les vestes et les salopettes : un vrai bateau de romanichel !

Quelques clichés sur la vie à bord

Quelques chiffres

Nous avons parcouru 687 milles nautiques ( 1272 km) en 6 jours et demi (158 h) pour un trajet de 660 milles à vol d'oiseau. 

Moyenne horaire : 4,35 mn / h 

Date de dernière mise à jour : 22/04/2016

Commentaires

  • Louis Borg
    Nous suivons votre traversée avec intérêt, nous avions fait la même chose il y a un an. Mais nous n'avons jamais trouvé le vent du sud sur plusieurs jours alors, nous avions été obligé de passer par les Açores pour rejoindre la Bretagne.
    Bonne navigation pour le Golfe de Gascogne.
    Louis et Annick