Dans la nuit du 4ème jour, alors que les chevaux commencent à sentir l’écurie, le moteur cale brusquement et refuse de redémarrer ! Thierry craint d’abord un serrage du moteur. Je prends le quart tandis qu’il vérifie le moteur et je trouve que la manette des gaz est difficile à remettre au point mort… Thierry monte voir et, au point mort, relance le moteur qui démarre normalement : le diagnostic est clair, on a pris quelque chose dans l’hélice ! Thierry éclaire l’arrière et voit une grande trainée blanche derrière le bateau. Le gouvernail est quasiment inopérant et le bateau dérive, bâbord amure, vers le Nord-Nord-Ouest. Thierry tente de rectifier le cap vers l’est mais le bateau passe tribord amure et nous voilà partis au sud. Sans vitesse et sans gouvernail il est impossible de revenir sur l’autre amure. Toutefois Thierry s’obstine et, à force de monter, descendre, border, choquer les différentes voiles, il parvient une heure après à reprendre le cap d’origine. Je prends le quart pour que Thierry aille dormir car il va devoir plonger au matin. Nous poursuivons toute la nuit à cette allure stable, freinés par notre ancre flottante parasite : à 1 ou 2 nœuds nous parcourons malgré tout une dizaine de milles jusqu’au lever du jour.
Au petit matin nous constatons que nous trainons un gros chalut de plusieurs mètres ! Thierry, aidé de Nicolas, s’affaire deux heures durant à le couper au ras de la poupe et à le remonter à bord ; autant éviter la même mésaventure à d’autres bateaux ! Ce faisant un cachalot passe à une encablure de nous : de quoi rassurer Thierry qui va devoir plonger…

Reste l’opération la plus délicate : plonger pour dégager l’hélice. Fort heureusement nous avons à bord l’équipement de plongée et la bouteille est pleine ! Thierry s’équipe tranquillement et vérifie plutôt trois fois qu’une que tout est en ordre.

Il s’attache à la ligne qui sert à remonter un éventuel homme à la mer, bout que Nicolas arrime au winch afin de remonter Thierry en cas de problème. Nous affalons les voiles mais le bateau dérive tout de même à près d’un nœud, ce qui rend la manœuvre dangereuse. Le bateau prend les vagues par bâbord, côté où plonge Thierry afin d’éviter le filet qui logiquement doit être entraîné de l’autre bord. Il emporte avec lui couteaux et pince coupante, attachés à sa ceinture de plomb. Il plonge sans palmes pour minimiser les risques de se prendre dans le filet… mais s’il advenait qu’il se détache, il ne pourrait jamais rejoindre le bateau. Je le regarde plonger dans l’océan avec anxiété ! De temps à autre j’aperçois le jaune de sa bouteille et des bulles… les minutes passent, interminables… Le pauvre est secoué par chaque vague et va cogner durement contre la coque. Il parvient toutefois à couper tous les fils en une dizaine de minutes. Avant de couper le dernier fil, il vérifie que rien n’est pris dans le filet. Clac, c’est fini, le filet part doucement à la dérive sur tribord tandis que Thierry s’accroche ferment à l’hélice. Une fois le filet parti il remonte à la surface et hèle Nicolas pour qu’il lui donne du mou afin qu’il rejoigne l’échelle à l’arrière du bateau (bien pratique cette grande échelle !). Je me précipite pour aider notre héros du jour à se défaire de son harnachement et lui apporte de l’eau chaude et son peignoir. Pour finir, toute l’équipe prend un bon chocolat chaud agrémenté d’une bonne rasade de rhum ! Ca réchauffe et déstresse. A onze heures le moteur repart : il tourne bien, a priori l’arbre d’hélice n’a pas été endommagé. Nous avons dérivé doucement pendant 10 heures mais nous voilà enfin repartis sans avoir eu à demander du secours.
Ajouter un commentaire