Mardi 9 janvier (J12) – Rien à signaler durant la nuit. Thierry a sous-toilé pour être tranquille. Je me lève à 8H. Le temps est gris et plus frais. Le vent souffle gentiment à 15 nœuds…
A 10H nous avons fait environ les deux tiers du trajet : la fin sera-t-elle plus tranquille ?
Le pilote affiche « battery low ». Est-ce la raison de son manque de réactivité ces dernières heures ? Nous allumons le moteur pour recharger les batteries.
SMS de Jean-Luc : il a enfin touché les alizés ! Nous aussi ?
A 11H30 la courroie d’alternateur lâche brusquement. C’est parti pour une heure de mécanique ballotté par la houle ! Ensuite c’est douche bien méritée et surtout indispensable pour Thierry qui ressort tout noir de sa bagarre avec le moteur. Nous la prenons dans le cockpit avec des bouteilles d’eau pour nous arroser.

Le soleil se montre et il ne reste que quelques gros cumulus blancs dans le ciel. Je prépare un filet mignon de porc au chou qui s’avère pourri et remplacé par des pommes de terre.
Nous filons au grand largue, tribord amure, et la trinquette est affalée. Nous faisons des surfs à 7-8 nœuds. Température idéale. Vent 15 nœuds. Soleil. Un moment de bonheur après avoir mangé un bon plat ! Je fais un gros dodo de 17H15 à 20H. Récupération.

Le soleil se couche à 20H. Durant mon quart je vois un bateau sans AIS, certainement un voilier, qui vient devant nous et va vers notre travers bâbord. Où va-t-il ainsi contre le vent ?
Mercredi 10 janvier (J13) – la nuit est calme pour Thierry. L’amélioration météo se confirme.
Au matin l’alimentation de l’ordinateur de Thierry prend feu dans ses mains (c’est dangereux, mieux vaut ne pas les laisser branchées sans surveillance…). C’est sur cet ordinateur que nous avons installé le logiciel de navigation. Heureusement l’alimentation de mon ordinateur est la même.
Je me lève à 9H30 et la journée s’annonce radieuse : soleil, quelques cumulus, vent 10-15 nœuds et petite houle mais encore croisée. Ce sont des conditions presque idéales de navigation. Mais dans la journée le ciel se couvre et quelques grains passent non loin de nous provoquant un bel arc en ciel. Le temps va-t-il encore se détériorer ? Nous essuyons quelques averses, puis, vers 15H, le vent forcit à 15 nœuds. Après un apéro ti’punch-saucisson je prends mon quart. Vers 10H le vent forcit encore et nous subissons quelques grains sans grande violence. Le bateau lofe et Thierry vient prendre un ris. La routine.

Jeudi 11 janvier (J14) – La nuit est agitée pour Thierry avec un vent de 15-20 nœuds qui forcit à 25-30 sous les grains. La houle se creuse à nouveau. Thierry prend un second ris.
Je passe une mauvaise nuit car mes angoisses me reprennent. Je suis épuisée et je gère très mal le stress sur le long terme. Heureusement au matin le temps s’est amélioré et le vent est revenu à 10-15 nœuds avec une petite houle.
Je prépare des pommes de terre aux courgettes avec une omelette. Je descends faire une grosse sieste pour récupérer de ma nuit agitée. A peine endormie je suis réveillée par Thierry qui tente de hisser la grand-voile arrière, mais ça ne fonctionne pas et il affale la voile. Je sors pour l’aider mais, encore toute endormie, je ne réagis pas assez vite à son goût… le ton monte et moi je redescends me coucher, le laissant manœuvrer tout seul. La fatigue n’est pas pour la paix des ménages…
Le temps reste beau toute la journée. Le soir Thierry nous fait une soupe à l’oignon avec l’apéro. Mon quart est très calme. Je commence à récupérer des journées difficiles.
Vendredi 12 janvier (J15) – Les conditions météo restent stables et le temps est beau. Comme le soleil se couche de plus en plus tard et que nous sommes à 300 miles de la Barbade, nous décidons de passer de l’heure du Cap Vert (Paris -2H) à l’heure des Antilles (Paris -5H). Nous faisons donc moins 3H aux horloges du bord : à midi nous revenons à 9H.
A 10H le tangon se détache du mât. Nous enroulons le génois pour que Thierry puisse le remettre en place.
Aujourd’hui est jour d’affluence : à 11H nous voyons deux cargos dont un qui passe à 1,5 milles de nous. Dans l’après-midi l’AIS nous signale un tanker. On sent qu’on approche et ça nous donne du baume au cœur.
La journée est tranquille avec ses habitudes. Comme la houle a bien diminué je peux même piquer le bouquin de Thierry et lire la suite. Ils passent le Cap Horn en hiver dans des conditions épouvantables… Non, je n’irai JAMAIS par là-bas !
Samedi 13 janvier (J16) – Je prends le quart de 3H30 à 5H30 puis vais me recoucher. Je suis réveillée par des bruits de casserole : Thierry fait des crêpes ! Hum, miam, j’ai faim. Avec la houle c’est un peu sportif et par deux fois les crêpes valsent par terre. Nous nous installons à la table du cockpit pour déguster les crêpes avec une bouteille de cidre. Ensuite, il n’y a plus qu’à nettoyer la cuisine !
Ce matin encore l’AIS nous signale un cargo à proximité.
La journée est agréable et sans incident aussi nous en profitons pour nous reposer au maximum.
Vers 17H30 nous assistons en direct à un phénomène météo intéressant. Sur l’arrière tribord (côté nord) un grain s’annonce avec une masse de nuages gris. Nous nous attendons à ce qu’il passe sur nous. Mais devant nous au sud une masse de nuages gris ardoise semble avancer vers nous également. C’est une masse d’air chaud venant du sud qui va heurter la masse d’air frais venant du nord. L’air frais s’engouffre sous la masse d’air chaud qui monte et passe au-dessus de nous en provoquant un grain violent. Le vent forcit et il pleut averse. Nous prenons un ris, nous mettons vite à l’abri dans le carré et fermons les écoutilles. Le vent tourne et nous partons en fuite cap Nord-Ouest. Curieusement sous ce grain violent le bateau file à 9 nœuds tout en douceur sans roulis ! Thierry nous fait une soupe à l’oignon et nous restons bien au sec dans le carré. Vers 20H30 le grain s’atténue et nous pouvons reprendre un meilleur cap.
A 21H le pilote se met à biper sans cesse. Thierry affronte la pluie et constate que le pilote a pris l’eau et refuse de fonctionner. Le bateau s’est mis à la cape tout seul : génois gonflé à contre et barre vers le vent. Nous voulions expérimenter cette allure : c’est réussi sans effort. Le bateau est bien stable et dérive doucement. Thierry démonte le pilote et tente de le réparer mais il a pris trop d’eau et refuse de redémarrer. Pas de problème : nous en avons deux d’avance (forts de l’expérience faite à notre retour en Bretagne durant la saison 2). En quelques minutes le nouveau boitier est installé. Il est 22H, le grain est passé et nous reprenons notre route. Le vent ayant tourné notre nouveau cap est trop au nord, mais nous avons encore le temps de rectifier le tir. Le vent tombe et le bateau avance tout doucement.
Dimanche 14 janvier (J17) – A 3H30. l’AIS détecte un cargo qui doit passer très près de nous. Thierry l’appelle à la radio pour lui demander de s’écarter un peu de notre route. L’appel me réveille. Nous voyons passer le cargo à un bon mille de nous. Dans la nuit cette tâche de lumière et de vie est toujours un réconfort. Puisque je suis levée je reprends le quart. Avant le jour je surveille de gros nuages à l’horizon. Lorsqu’enfin je juge que le grain va passer à côté je descends aux toilettes… et c’est une pluie averse qui s’abat sur nous ! J’ai encore des progrès à faire en observation météo.
A 6H je dézoome l’écran et enfin je vois, à l’échelle 10mn, à la fois le bateau et la Barbade ! Quel bonheur de se sentir enfin si près du but !

La journée passe tranquillement à compter les milles qui nous séparent de la fin du voyage. La mer étant assez calme je peux aller m’installer sur le banc à l’avant à l’ombre de la voile. Thierry pêche un poisson qu’on mange avec du riz et une sauce au poivron et à la crème : notre dernier repas en mer ! A 17H j’aperçois la terre !!! Thierry va dormir tandis que je fais l’approche de l’île que nous devons contourner par le nord. Passée la pointe Thierry prend les commandes pour faire l’arrivée. Nous mouillons à 11H devant une cimenterie bien éclairée, ce qui facilite l’arrivée. Voilà, c’est FINI. Un petit coup de téléphone à Marion et dodo. Le mouillage est calme avec une légère houle. Nous passons une dernière nuit dans nos couchettes respectives, trop fatigués pour refaire le lit de notre cabine.
Commentaires
1 Nathalie Loizeau Le 05/02/2018
2 Le Moine Marie Le 03/02/2018
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